Plus qu’un musée : une Maison Esclavages et Résistances proposée à Bordeaux

Un plan pour la Maison Esclavages et Résistances created by Mémoires et Partages (Source)


Au moment où l’Assemblée nationale vote finalement l’abrogation du haineux Code noir, les militants à Bordeaux proposent un nouveau centre éducatif et mémoriel qui s'appellera la Maison Esclavages et Résistances, qui enseignera l’histoire et l’héritage de l’esclavage dans une ville qui était autrefois le deuxième port de la traite négrière en France.

«J'ai accueilli cette annonce avec satisfaction, mais aussi avec lucidité, », a déclaré Karfa Diallo, fondateur et directeur de Mémoires et Partages, à propos de l’abrogation du Code noir. «  Satisfaction parce qu'il est important qu'un texte qui a organisé juridiquement la déshumanisation de millions d'hommes, de femmes et d'enfants soit enfin explicitement rejeté par la République. Lucidité parce que cette abrogation intervient plus de trois siècles après sa promulgation et plus de cent soixante-dix ans après l'abolition définitive de l'esclavage. Elle révèle combien certaines pages de notre histoire ont longtemps été reléguées à la marge du récit national. »

Née à Bordeaux en 1998, Mémoires et Partages travaille dans les villes à travers la France et le Sénégal pour enseigner à propos de la mémoire partagée de la colonisation, de l'esclavage, du racisme et de la lutte pour les droits humains.

En 2023, Mémoires et Partages a proposé un moyen d' enseignement novateur : un centre éducatif et mémoriel qui s'appellera la Maison Esclavages et Résistances à Bordeaux.

«  Le Code noir a transformé ces hommes, ces femmes, ces enfants en biens meubles, » dit Aurélie Bambuck, l’auteure de Pacotille, l'enfant esclave  et réalisateur de Au nom de nos ancêtres, esclaves et négociants. «  Maintenant, l'œuvre de réparation va être de vraiment les ancrer dans l'humanité et mettre en lumière l'humanité qu'ils n'ont jamais perdue, » a-t-elle déclaré. 

Selon Bambuck, les réparations incluent les projets comme la Maison Esclavages et Résistances, qui reconnaît et s’intéresse à l’héritage de l’esclavage à travers la mémoire collective et l’éducation.

« La prise en compte, à Bordeaux, de l'héritage de la traite négrière comme de l'implication des élites socio-économiques de la ville dans l'économie de plantation aux colonies est relativement récente, » explique Clément Piquet, un chercheur sur la traite négrière de l’université de Bordeaux Montaigne. Ce n'est qu'en 1995 que les premiers travaux universitaires sur cette question ont été publiés.

Bordeaux avait pris des mesures concrètes à travers les décennies pour reconnaître son histoire monstrueuse avec plusieurs lieux de mémoire dans la ville. En juin 2020, Bordeaux est devenue la première ville en France à mettre en place des panneaux explicatifs sur les rues qui sont nommées d'après les esclavagistes. Les panneaux décrivent comment leurs noms d’origine ont participé à l’esclavage, un succès que Diallo attribue au mouvement Black Lives Matter.

Une salle d’exposition permanente a été ouverte en 2009 au Musée d’Aquitaine pour enseigner au public le rôle de la ville dans le transport des esclaves.

Les progrès actuels à Bordeaux auraient été « impensables » il n’y a que quelques décennies, dit Diallo.

En mai 2001, la France a adopté la loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière comme un crime contre l’humanité. La loi préscrit que les programmes scolaires incluent des informations historiques sur cette époque et font de l’esclavage une partie des programmes scolaires en France.

D'après l'expérience de Bambuck, l'efficacité de ces programmes se reflète chez les élèves. « J'ai plaisir à voir qu'ils sont au courant de cette histoire que je ne sais pas à mon époque. J’ai étudié en fin des années 90, ça n'était pas dans les programmes scolaires, l'esclavage. »

Selon un rapport créé par Mémoires et Partages, les efforts éducatifs et mémoriaux existants sont reconnus comme importants, mais actuellement insuffisants. 

La Maison Esclavages et Résistances viendrait compléter, et non remplacer, les programmes scolaires ainsi que le Musée d’Aquitaine, en constituant une ressource supplémentaire pour les enseignants. Elle mettrait en lumière les récits de résistance des personnes réduites en esclavage et établirait un lien entre l’héritage de l’esclavage et le racisme contemporain, un enjeu que les formats scolaires et muséaux traditionnels abordent difficilement.

« Il ne s'agit pas seulement de regarder le passé, mais de mieux comprendre le présent pour construire un avenir plus juste. » dit Diallo. 

Pendant que la Maison Esclavages et Résistances est toujours en cours de discussion avec la Mairie, l’abrogation du Code noir offre une opportunité pour plus de discussions sur l’histoire coloniale de Bordeaux et l’expansion des efforts publics éducatifs.


Tab Berger

I’m a queer writer based in Michigan, USA. Professional KCS knowledge manager, instructional designer, and returning student studying French language and literature.

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More than a museum: Bordeaux’s proposed House of Slavery and Resistance